Qui ?



           
           Flashback : août 2003. L’été de mes 15 ans fut particulièrement calme, et j’errais sur le net pour fuir l’ennui du lotissement de banlieue dans lequel j’habitais. C’est à ce moment-là que suis tombée sur des sites qui parlaient d’astrologie.
           À l’époque, ma connaissance de la chose s’arrêtait à la page horoscope de Télé Loisirs. Je me rappelle très bien, elle apparaissait inmanquablement après une page de Cubitus. Mais les sites que je consultais entre deux visites sur les forums musique ou Harry Potter de AOL (RIP) parlaient une langue fascinante quoiqu’un peu opaque, à mille lieues des prédictions à la fois vagues et sensationnelles des horoscopes générés par logiciels.
Je me s’y suis frottée obsessionnellement jusqu’à ce que mon enthousiasme entrave mes relations avec le sexe opposé, et après avoir collectionné un nombre incalculable de râteaux (« t’es trop bizarre comme fille. Pourquoi tu me parles de ma Vénus ? Non mais lâche-moi maintenant, lâche moi !» Paul D. si tu passes par là…) je laissais définitivement tomber ce qui m’avait doucement fait rêvasser à la fenêtre le soir.

            J’ai ensuite poursuivi des études littéraires et linguistiques jusqu’au Master 2 et les concours de l’Éducation nationale.
            Je considérais l’étude de la langue (en l’occurrence, l’anglais) comme le déchiffrement des règles d’un jeu un peu compliqué. Il y avait des exceptions, des pièges, mais aussi, dans son histoire, des résonnances et des rebondissements. Et finalement, une mythologie.
            Qui dit langue, dit poésie, et appel du sacré et au magique.  On la déchiffre, la langue ; on l’interprète, on la complexifie, on l’invente, on la raconte et elle nous raconte. Dans son double fonctionnement syntaxique et sémantique, la langue est magicienne : elle désigne une chose pour en signifier une autre.

            J’ai enseigné ensuite en collège et en lycée, mais rares sont les occasions où l’on peut autoriser et l’élève et soi-même à être poète. D’où une frustration. D’où un ennui. D’où : retour à la case départ.

            Et l’astrologie est une langue, elle aussi. Avec sa grammaire, ses exceptions, sa poésie. L’astrologie se parle et l’astrologie raconte. Pas forcément le futur, mais du moins, une histoire.

            Alors, j’y reviens. Mon défi à présent c’est de raconter les autres à travers cette langue des étoiles que j’étudie encore tous les jours.

            Et j’espère que je prendrai ainsi ma revanche sur Paul D. dont la Vénus formait un carré avec mon Mars de toute façon…

Alexandra Le Meur

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